Je découvre ce matin un article dans la presse régionale quotidienne. Je suis médusé, épaté, par cette démagogique pensée unique. Nous apprenons que le mouvement anti-CPE a gagné du terrain, hier, dans les différents campus nancéiens : à la Faculté des Sciences, à l'IUT Charlemagne, chez les élèves Architectes et à l'IRTS… Jusque là rien que des faits incontestables, mais combien sont réellement les étudiants grévistes ? Ensuite, commence une véritable diatribe, pleine d’objectivité évidemment, et nous découvrons quelques moments d’anthologies journalistiques, apolitiques bien sur… Isolons quelques extraits…
« …Mais ce consensus anti-CPE quasi général n'existe pas sur le campus droit, sciences économiques, AES (administration économique et social) ». Oui, et alors ? Que faut–il comprendre de ces quelques mots ? Que les étudiants en droit, en sciences économiques, et en administration économique et sociale ne comprennent rien ? N’est ce pas leur droit légitime d’avoir cet avis ? Une nouvelle fois, cette phrase perpétue la caricature stérile de l’étudiant en droit facho et coincé par rapport à l’étudiant en lettres néotroskiste bobo et cool alors que tous ces jeunes sont confrontés aux mêmes difficultés, que tous ces jeunes sont dans la même galère… Continuons la lecture…
« Injures raciales, insultes misogynes, noms d'oiseaux, intimidations, hurlements, sifflets, huées, agressions verbales, menaces d'agressions physiques, l'assemblée générale de 12 h 30, dans le grand amphi de la fac de droit, s'est déroulée dans une ambiance exécrable. Les échanges furent pitoyables. Toute notion de respect de la parole d'autrui semblait avoir disparu... ». Ça c’est une découverte qui révolutionne la science politique et l’étude du droit de grève. Il est bien connu et répandu, à travers les innombrables exemples français, que les grévistes et les non grévistes s’opposent dans une courtoisie toujours polie. Que faut il attendre de jeunes gens qui participent sans doute pour la première fois d’entre eux à un mouvement de contestation ? Quels sont ceux qui monopolisent depuis plusieurs jours la parole et veulent imposer une prise d’otage par l’occupation des salles de cours ? Quels sont ceux qui bouclent des amphithéâtres et empêchent des étudiants, respectueux du mouvement de grève, de pouvoir assister normalement à leurs cours? Ces étudiants la n’ont pas le droit eux aussi de manifester leur mécontentement?... Poursuivons…
« … quelques dizaines de jeunes gens débordant de haine pour les étudiants étrangers à leur campus haranguaient la foule des indécis, des timides, des silencieux… ». Faut-il comprendre, en revanche, qu’il n’y a parmi les étudiants de la Faculté des Lettres présents aux dernières assemblées générales organisées par l’UNEF, aucun étudiant timide, aucun silencieux, aucun indécis, aucun susceptible de suivre le mouvement sans broncher. Nous ne pouvons dénombrer que des convaincus ? Bref, il faut comprendre assez facilement que les étudiants du campus Carnot sont des moutons… Des votes à main levée dans un amphithéâtre bondé, sous le regard surveillant de tel ou tel leader et des autres, ce sont ça les conditions démocratiques permettant de donner un avis en toute sérénité ? Je ne suis guère convaincu… Maintenant l’époustouflante suite…
« Étudiants dépourvus de culture politique mais fortement attachés à leurs sphères d'études… ». Je crois que cette phrase est la plus extraordinaire de l’article, je la retape pour que chacun en mesure le sens, « Étudiants dépourvus de culture politique mais fortement attachés à leurs sphères d'études… »…Oui, nous découvrons, ici, ensemble, dans un moment incroyable d’intelligence rare, que des étudiants sont attachés à leurs études. Je répète une nouvelle fois : des étudiants sont attachés à leurs études. Faut-il ajouter quelque chose ? Quant à la culture politique, si elle ne se limite qu’au seul fait de manifester, et bien alors oui, ces pauvres petits juristes en manquent cruellement… Parler de culture politique, oui, mais où est le débat, où sont les propositions pour l’emploi des jeunes chez les manifestants ? Personnellement, je les cherche encore…
Stoppons enfin cette pensée unique. Sortons enfin du mythique rêve du grand soir « soixante-huitard », étape obligée pour permettre aux étudiants d’atteindre une soit-disant maturité politique… La démocratie dont les manifestants se gargarisent c'est bien sur d’exercer son droit de grève mais c’est aussi de pouvoir assister à des cours normalement et librement... Ce qui reste finalement l’une des meilleures solutions pour plus tard trouver un emploi, que l’on soit pour ou contre le CPE…
Que le camp « anti » ou le camp « pro » tombe dans la caricature, c’est habituel. Mais, au moins, que ceux qui en transmettent le récit évitent de faire de même…
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